Proserpine, de Sweet Savage a Camille Claudel

Sur le marché, c’est Proserpine qui a joué d’emblée la case de l’innovation. Après avoir distribué bon nombre de cassettes érotico-pornos, cette nouvelle société a promu, comme personne, un X totalement original, «Sweet Savage». Ce western détourné en film culte est devenu, en quelques semaines, un véritable mythe. Proserpine a toujours été, dans le domaine de la vidéo, à l’avant-garde du progrès, commettant, il est vrai, certaines erreurs de «jeunesse». Cependant, n’oublions pas que ses campagnes publicitaires sur la vidéo grand public ont servi l’ensemble de la profession, qui ne s’est d’ailleurs guère privée de s’en inspirer largement. Aujourd’hui, Proserpine continue d’être un éditeur prestigieux, avec des films comme «Camille Claudel» et «La petite voleuse»: Il est rare qu’un éditeur indépendant conserve, depuis près de die ans, une telle vitalité, MI en se renouvelant sans cesse. Saluons bien bas la performance… sommes vidéoclub, vendeur de matériel et, depuis deux ans, nous nous consacrons à la mente de vidéocassettes. L’arrivée du vidéodisque risque d’insuffler une force nouvelle au système.»

Cinéma-vidéo : l’amour vache

Si certains professionnels du cinéma ont immédiatement adhéré à l’aventure de la vidéo, d’autres se déclarent rapidement comme de farouches ennemis, entretenant ainsi une sorte de tradition cinématographique. Les gens de cinéma ont, de tout temps, attribué la baisse de fréquentation à des facteurs extérieurs. Après avoir traîné la télévision dans la boue, ils ne rechignent pas, aujourd’hui, à accepter régulièrement son argent dans le cadre d’accords de coproduction. Lorsque la vidéo se développe, elle devient le nouvel accusé : c’est elle qui leur enlève des entrées. Jamais il ne sera question d’envisager que le déclin des salles peut avoir une très simple raison : le manque de bons films. Dans le même temps, ils s’appliquent à faire monter les enchères, demandant pour les droits vidéo de leurs films des prix qui font parfois frémir.cinéma Entre le cinéma et la vidéo s’installe une sorte d’amour vache. Encaissant sa monnaie, le cinéma-gigolo passe néanmoins son temps à critiquer la vidéo, et ne se prive pas, en outre, de lui flanquer quelques trempes. Mais cela, il le fait par l’intermédiaire d’un copain très costaud : le gouvernement. Auprès de Jack Lang, alors (pour la première fois) ministre de la Culture, et de Georges Fillioud, ministre de la Communication, la vidéo devient une fille de mauvaise vie qui fait bien des misères au cinéma. Elle va donc subir une série de mesures punitives. Pas question, bien entendu, d’abaisser le taux de TVA, alors de 33 1/3% comme pour les bijoux. Mais on décide, en outre, d’instituer une redevance sur les magnétoscopes, à l’instar de celle qui existe pour la télévision. Il en résulte un curieux phénomène : beaucoup d’appareils sont payés en espèces, et déclarés aux noms de… Fillioud et Lang. Mais pour ceux qui voudraient payer à crédit, il n’est plus du tout question d’acheter. En agitant le spectre de l’invasion japonaise, des mesures protectionnistes sont mises en place, avec un contingentement des magnétoscopes. Tous les appareils doivent dès lors passer par Poitiers pour y être recensés à l’importation. Enfin, pour faire bonne mesure, on institue un délai «de protection» : les films ne pourront paraître en vidéocassettes qu’un an après leur sortie dans les salles. Une commission spéciale du CNC raccourcira éventuellement ce délai en fonction du succès obtenu par le film au cinéma. Cette réglementation, toujours en vigueur, prévoit en somme qu’un film boudé par le public peut très vite sortir en cassette, tandis qu’un gros succès, qui a fait l’essentiel de ses entrées en quelques mois, doit attendre un an. Les effets de ces mesures ne vont pas tarder à se faire sentir. «La loi Lang, dit Sergio Gobbi, a cassé une dynamique.» Déjà l’un des pionniers vacille. «En 1983, dit Yves Rousset-Rouard, les décisions politiques ou fiscales ont porté un coup terrible à l’expansion du marché et freiné la progression des éditeurs français par rapport à leurs concurrents étrangers. Les vidéoclubs ont acheté de moins en moins de cassettes. Un grand nombre d’entre eux a Connu des problèmes financiers qui se sont répercutés sur les éditeurs. C’est à cette époque que j’ai cédé la société RCV aux Éditions Mondiales, décidant de me recentrer sur mon activité principale : la production. J’ai produit, cette année-là, «Le père Noël est une ordures» avec le Splendid, qui a obtenu le succès que l’on connaît.» René Chateau, lui, est toujours présent dans la vidéo. On retiendra de cette époque qu’il a été le plus opiniâtre à mener le combat contre le délai «de protection». Producteur de l’énorme succès de Jean-Paul Belmondo, «Le marginal», il décide en effet de sortir le film en vidéo avant qu’une année se soit écoulée. Il ira jusque devant la Cour européenne pour faire valoir son droit de maîtriser comme il l’entend son propre produit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *