Les erreurs des uns et les erreurs des autres

Si le gouvernement entreprend de détruire la vidéo, la profession accumule également les erreurs. Ayant vécu dans le faste, les éditeurs maîtrisent mal leur marché. Lors du Vidcom, le salon de la vidéocommunication qui se déroule à Cannes, le luxe s’étale sur les stands, aux tables ouvertes dans les palaces de la Croisette, dans de superbes spectacles et de grandioses réceptions. Au niveau des achats de droits, il se trouve toujours quelqu’un prêt à surenchérir sur le voisin. Mais avec des calculs d’amortissement basés sur des hypothèses sur-optimistes, le moindre ralentissement de marché provoquera de douloureuses chutes. Plusieurs éditeurs indépendants vont en faire l’amère expérience_ Un fils de grands bourgeois, qui, sillonnant Paris au volant de sa Rolls Royce, a créé un catalogue de films français à coups de millions de francs, va ainsi constater, terrible surprise, qu’il faut gagner au moins autant d’argent qu’on en dépense pour faire vivre une société. Un habile commerçant venu de Tahiti, qui a bâti un gros catalogue de films américains à coups de surenchères, va réaliser qu’il est imprudent de payer trop, et surtout de payer trop tôt. Grisé par les mirages du monde cinématographique, il a traité avec certains producteurs affligés d’une innocente manie : ils ne produisent pas les films qu’ils ont vendus à l’avance. Lorsqu’il abandonne le monde de la vidéo pour voguer vers d’autres aventures, il lui reste au moins quelques souvenirs : des photos de lui avec certains acteurs de films qu’il n’a jamais eus… Sur le front des vidéoclubs, on assiste à une véritable guerre des-prix, le tarif des locations quotidiennes descendant parfois jusqu’à 3 francs. Argument de cette étonnante spirale : il s’agit ainsi d’éliminer la concurrence. Puis, restant seul à occuper le terrain local, le gagnant entendra tinter son tiroir-caisse à longueur de journée, au rythme d’un flot ininterrompu de locations. Le seul tintement qui va en résulter sera le glas d’un très grand nombre de magasins. Les éditeurs reprochent ces fantaisies aux vidéoclubs, lesquels reprochent aux éditeurs leurs politiques commerciales.Vidcom Pour faire front, les éditeurs créent un syndicat. Les vidéoclubs en créent un pour faire face. D’autres éditeurs créent un autre syndicat, pour contrer le premier. Les vidéoclubs ne savent plus comment s’organiser. Retour vers le futur ? Aujourd’hui, le seul syndicat d’éditeurs est la Csea, Chambre syndicale de l’édition audiovisuelle, qui ne regroupe cependant pas la totalité de la profession, et les vidéoclubs commencent à se regrouper au sein de la .Fédération française de la vidéo. L’entente règnera-t-elle ? Difficile à dire, mais la situation de la vidéo s’éclaircit en tout cas depuis quelque temps, car un élément nouveau est intervenu : la vente de vidéocassettes préenregistrées à des prix très abordables. Toutes les sociétés pratiquent désormais la vente, et la santé du marché s’en ressent. Les chiffres de la Chambre syndicale de l’audiovisuel révèlent, pour les six premiers mois de 1989, une progression de 30,5 % par rapport au premier semestre 1988. La vente, en particulier, réélise une superbe percée, avec un chiffre d’affaires semestriel se situant entre 600 et 700 millions de francs. S’il évolue très fortement au niveau des vidéocassettes, le marché de la vidéo connaît également une avancée technologique considérable, car voici que se développent la vidéo 8 mm et le compact disc vidéo. Déjà, la vidéo 8 mm nous met à l’heure des baladeurs vidéo, à peine plus grands que le fameux Walkman audio. Le Super-VHS de JVC et le nouveau Hi 8 de Sony sont, avec une résolution de 400 lignes, certainement beaucoup plus performants que les nombreux magnétoscopes VHS traditionnels. Le compact disc vidéo, lui, va peut-être enfin conquérir un marché de techno-enthousiastes, grâce à sa superbe qualité d’image et au son hifi. Pourtant, son apparition remonte à une quinzaine d’années, et son premier lancement date du début des années 80, avec deux systèmes différents. Celui de RCA utilisait une tête de lecture, tandis que celui de Philips fonctionnait avec un rayon laser. Rapidement, ils occupaient une importante part de marché aux États-Unis. Puis le public les boudait et ils disparaissaient ; l’une des critiques -le plus souvent formulées étant ‘que le vidéodisque n’enregistrait pas. Étonnante contradiction : le magnétoscope, qui enregistre, n’avait décollé que grâce à l’apport des produits préenregistrés. Le vidéodisque, basé sur les produits préenregistrés, mourait parce qu’il n’enregistrait pas. La vidéo est vraiment en train de vivre une étonnante jeunesse. En quelques années à peine, elle aura connu toutes les vicissitudes, mené tous les combats, commis toutes les erreurs, subi tous les revers, reçu tous les coups. Mais une chose est certaine : le public l’aime. Dès lors, tous les espoirs lui sont permis.

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