Les enthousiastes de la première heure

Yves Rousset-RouardParmi eux, certains sont des adversaires déclarés de la vidéo, tandis que d’autres éprouvent pour cette innovation un attrait immédiat. Yves Rousset-Rouard fait partie de ceux-là. Producteur à succès, avec, entre autres, «Emmanuelle» ou «Les bronzés», il lance, dès 1979, Régie Cassette Vidéo, très vite connue sous les simples initiales RCV. «Je considérais, dit-il, la vidéo comme un marché complémentaire pour les catalogues de films existants, et comme une source de financement potentiel pour les créations à venir.» Distribuant notamment beaucoup de films français, puis les répertoires de la 20th Century Fox et de MGM, RCV réalise en 1982 un chiffre d’affaires de 210 millions de francs. René Chateau, lui, intervient à la fois dans la production et la distribution cinématographiques. Il est coproducteur des films de Jean-Paul Belmondo, alors au sommet de sa gloire. Et il a eu un coup de génie en distribuant les films de Bruce Lee, qui ont renouvelé le genre karaté-kung-fu avec le succès que l’on sait. Lorsqu’il se lance dans la vidéo, sa démarche a pour origine, déjà, une opposition avec les autorités. «La Commission de censure, explique-t-il, avait interdit «Massacre à la tronçonneuse», que je distribuais au cinéma. Pour rentrer dans mes frais, j’ai créé Hollywood Boulevard Distribution avec Michel Fabre, et j’ai sorti le film directement en vidéo.» C’était en 1979, dès les premiers frémissements du marché. «Nous n’avions, poursuit-il, en tout et pour tout, que deux titres en vidéo, «Massacre à la tronçonneuse» et «James Dean story». Nous faisions tout, et Michel livrait lui-même avec sa Jaguar !» Un peu plus tard, René Chateau Vidéo, dont la commercialisation est toujours assurée par Hollywood Boulevard, allait rapidement devenir l’une des principales composantes du marché. De tous les hommes de cinéma qui s’intéressent à la vidéo, Sergio Gobbi est sans doute le plus complet. Metteur en scène, producteur, il avait vendu les droits vidéo de ses propres films à Victor Bialek. «Je suis donc parti pour l’Italie, raconte-t-il, et à mon retour en France, j’ai commencé mon catalogue avec une cinquantaine de films. Ce qui m’intéressait, c’était de donner une seconde chance à des films qui n’avaient pas eu au cinéma le succès escompté, mais aussi de faire découvrir les grands classiques à la nouvelle génération.» Puis, partant d’un concept qui correspond à celui des grandes sociétés de cinéma, il cherche à avoir ses «salles», autrement dit une chaîne de vidéoclubs franchisés. Ce qui lui vaut parfois certaines surprises_ «Un jour, je suis abordé par un couple qui désire ouvrir un vidéoclub. La dame me montre la photo de leur magasin : c’était une boucherie !» Super Productions Vidéo crée une moquette frappée à son logo pour décorer ses bureaux et ses magasins, puis décide de décliner cette image avec des blousons, des chaises, des parapluies, des mallettes, des agendas, et même un parfum. C’est peut-être sous cette avalanche de logos que la société a fini par s’écrouler… Parmi les autres sociétés intervenues rapidement sur ce marché naissant, l’une choisit une démarche originale qui va faire école : se limiter à l’édition, en confiant la distribution à une structure extérieure. Au sein de Ciné-thèque, Marx Zerbib a constitué un imposant catalogue de grands classiques. Peu enclin à créer une équipe commerciale, il va trouver un distributeur en la personne de François Dada, alors président des disques RCA. Esprit vif, Dada comprend qu’il peut augmenter son chiffre d’affaires avec des méthodes qu’il maîtrise déjà parfaitement dans la distribution du disque. Pour distribuer Cinéthèque, il crée RCA VU déo. Plus tard, RCA Vidéo s’alliera, dans un groupement d’intérêt économique, avec Gaumont et Columbia, sous le sigle GCR. Aujourd’hui, GCR est l’une des plus importantes sociétés du marché de la vidéo, mais François Dada constate, en tirant sur sa pipe d’un air désabusé, que «depuis quatre ans, % des vidéoclubs ont fermé leurs portes», et que si les débuts de la vidéo ont été marqués par «une fête permanente», les temps ont changé car «c’est aujourd’hui chacun pour soi»… Il est retourné à ses premières amours en créant une société de production de disques. Au fil des mois, de nouvelles sociétés apparaissent. Le marché se développe. L’âge d’or s’installe. Les vidéoclubs ouvrent en série. Et parfois même en chaîne. Dans son magasin Télé France de la rue Montmartre, créé en 1955, Alain Gayout avait commencé par vendre des films en super 8, développant ensuite une activité vidéo. Puis il établit un système de franchises qui ne durera qu’un temps : «J’ai été franchiseur de vidéoclubs pendant trois-quatre ans, mais les franchisés n’ont pas toujours joué le jeu.

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