La dernière tentation d’Hollywood

Bruce WillisRemue-ménage à Hollywood depuis que certains producteurs se sont avisés, résultats du box-office à l’appui, que Schwarzzie et Rambo ne font rêver que les kids de quinze ans (et encore!). Et, dans ce qui pourrait s’apparenter à une sorte de «recherche sex-symbol masculin désespérément» des années 90, les candidats à la relève se bousculent au-portillon. Après les tendances Col gale/Tom Cruise. Kanterbrau/Bruce Willis, brut de pomme /Sean Penn ou Mascara (de)/Rob Lowe, voici que l’on enregistre un évident appétit pour la ligne cornflakes/Kevin Costner immortalisée. à jamais en 1987 par le sieur de Palma et son incorruptible héros à la gâchette diarrhéique. Pourtant cette mise en orbite connu une série de faux départ à en décourager plus d’ un si on se réfère aux quatre films tournés par Costner dont il tut finalement écarté lors du montage final. Citons notamment « Frances» où il devait apparaître au côté de Jessica Lange et Sam Shepar ainsi que «Les copains d’abord Lawrence Kasdan où il hérite du rôle- du suicidaire dont il est question tout au long de l’intrigue et dont on n’entrevoit que la dépouille. «J’ai su, dès la lecture du script de Kasdan, que le fait de travailler avec lui sur ce film m’apporterait beaucoup, précise Costner. Même si, en fin de compte, les scènes où j’apparais ont été écartées de la version finale, cette expérience m’a vraiment permis de progresser.

Et puis Kasdan m’a alors promis de taire appel à moi pour sort film suivant. Comme il est un homme de parole, je lui ai fait confiance et deux ans plus tard, il m’offrait un des rôles principaux de « Silverado ». Le tait d’avoir disparu du générique -des «Copains d abord» n’est finalement pour moi, qu’une péripétie anecdotique… ». L’apparition de Kevin coupé du montage Costner dans «Silverado» a donc lieu en 1985 une année où il tourne beaucoup (dans «Une bringue d’enter» Kevin Reynolds et. « American flyers » de John Badham) sans toutefois s’imposer vraiment aux yeux du public américain. Il lui faudra attendre encore deux ans avant de voir les projecteurs de l’actualité se braquer sur lui. En effet, il est, en 1987, la vedette de films qui font vraiment un tabac lors de leur sortie, à savoir « Les incorruptibles» de Brian de Palma et «Sens unique» de Roger Donaldson. Deux intrigues bien différentes, reliées cependant par un point commun : le rythme, toujours soutenu et perpétuellement sous tension. Chargé d’incarner dans «Les incorruptibles » le mythique Eliot Ness, immortalisé dans l’esprit de millions de téléspectateurs par Robert Stack et la célèbre série télévisée du début des sixties, Kevin Costner choisit d’aborder son rôle sous un angle privilégiant la sobriété, loin de tout cabotinage racoleur. «Je sais que lors de la première demi-heure du film, l’Eliot Ness que je joue peut sembler antipathique ou même falot à de nombreuses personnes, reconnaît l’acteur. Ce n’est qu’après un certain temps que le personnage gagne toute son épaisseur et, du même coup, fait preuve d’une puissante violence.

 

 

Sean PennCe dernier aspect ne m’a pas désarçonné car j’estime avoir un jeu très physique ; j’avoue même me sentir à l’aise lorsque, pour les besoins d’un film, je dois apparaître une arme à la main ou en train de poursuivre des «méchants». Pour en revenir aux «Incorruptibles», Brian de Palma tenait surtout à trouver le ton juste et à éviter de donner à l’ensemble un côté bande dessinée qui aurait nui à la crédibilité de son propos. De ce point de vue, j’estime qu’il a tout à fait réussi son pari». Cet avis est également partagé par des millions de spectateurs à travers le monde qui font un triomphe à la saga de de Palma et à son interprète principal. Ce dernier se retrouve catapulté à la une des revues à grand tirage qui abreuvent leurs lecteurs de détails variés sur Costner, sa vie, ses œuvres et ses pensées plus ou moins profondes. On apprend ainsi, et pêle-mêle, qu’issu d’un milieu modeste, le bougre est marié depuis plus de onze ans à une certaine Cindy (une ex-Cendrillon à Disneyland!) et qu’après une série de petits boulots, il se décide à prendre des cours d’art dramatique avant d’effectuer en 1981 ses premières apparitions au cinéma dans «Shadows run black» et «Sizzle Beach, USA». On apprend aussi que ses idoles et films préférés sont, dans le désordre, John Wayne dans « La prisonnière du désert», Henry Fonda dans «La poursuite infernale», ainsi que James Stewart dans «L’homme qui tua Liberty Valance». «Je me suis toujours identifié à des hommes qui, à l’écran, dépassent les limites de leurs personnages pour aller plus loin, quels que soient les problèmes auxquels ils sont confrontés», affirme d’ailleurs Costner à propos de ses acteurs-modèles. En tenant pareil propos, le comédien se situe (volontairement ou pas) dans un créneau quelque peu délaissé ces derniers temps à l’écran, celui de « l’homme tranquille» par excellence, réincarnation contemporaine du parfait all American boy. D’où l’étonnement suscité, toujours en 1987, lors de la sortie de «Sens unique» qui, en plus d’une intrigue menée à 200 à l’heure, contient une scène d’amour propre à soulever la colère des ultraconservatrices ligues de décence américaines.

En effet, le film à peine commencé, on y voit le héros (un officier de la marine, alias Kévin Cl) draguer une ravissante jeune femme (Sean Young) puis, dans la minute qui suit, lui faire l’amour à l’arrière de la limousine qui les conduit chez elle. Outre le fait que cette séquence choque une certaine Amérique, peu habituée à voir ses acteurs- préférés se livrer à des turpitudes sur celluloïd, elle survient surtout en pleine psychose du Sida. Un critique va même jusqu’à se demander, dans son compte-rendu sur le film, pourquoi la belle Sean Young ne propose pas un… préservatif à son partenaire avant qu’il ne lui conte fleurette. Pour sa part, Kevin Costner évite de prendre parti dans cette vaine polémique. Il préfère souligner les liens l’unissant à son personnage : «J’ai, avec cet officier, beaucoup plus de points communs qu’on ne pourrait l’imaginer. Comme lui, je suis à la fois ouvert et tolérant, mais aussi détenteur d’un tas de secrets qu’on ne percera jamais». Interrogé sur la fameuse scène de la limousine, il déclare alors : «J’ai eu beaucoup de mal à la tourner et en ai éprouvé un net sentiment de maladresse… D’ailleurs, personne ne se sent très à l’aise lors du tournage de pareilles séquences. Les actrices encore moins que leurs homologues masculins car ce sont surtout elles que les réalisateurs choisissent de montrer à l’écran lors des scènes d’amour.»

 

Kevin CostnerEn 1988, c’est au tour de Susan Sarandon de lui donner la réplique dans « Duo à trois» de Ron Shelton, une comédie dramatique se déroulant dans le milieu du base-ball. Costner y campe un joueur chargé de l’éducation sportive d’un jeune base-baller brouillon tandis que Sarandon se charge de son éducation sentimentale. «Ce qui m’a, avant tout, poussé à tourner le film de Shelton, c’est l’absence de manichéisme dont a su faire preuve ce dernier à l’égard de ses personnages, affirme Kevin Costner. Ni vainqueurs triomphaux, ni loosers pathétiques, ils n’arrêtent pas de douter d’eux-mêmes et se posent une multitude de questions. Vont-ils sombrer dans l’alcoolisme parce qu’ils auront raté leur vie? Vont-ils avoir des aventures à gauche et à droite ou bien vivre avec la personne qu’ils aiment vraiment? Vont-ils se décider à bouleverser leur existence? Cette remise en question me semble aussi puissante et héroïque que le fait de désamorcer une bombe, par exemple». Et le base-ball dans tout ça ? Fan de ce sport qu’il pratique assidûment depuis son adolescence, le héros de «Duo à trois» remet ça puisque, à peine ce filin lancé, le voilà qui, dans «Shoeless Joe» et aux côtés de Burt Lancaster, incarne à nouveau un joueur de base-ball en butte à l’hostilité de ses pairs. Mais que les spectateurs allergiques à ce sport et son règlement abscons se rassurent : depuis le début du mois d’août, l’acteur est revenu à des intrigues et des films plus «normaux». Dans « Revenge», tourné au Mexique par Tony Scott, Kevin-le marathonien troque ses balles de jeu contre des balles de revolver. Et là aussi, on peut affirmer sans trop se tromper, qu’il n’est pas prêt de rater sa cible. Parce que (et surtout au cinéma), tout -ou presque- est une question d’objectif…

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