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04 août

Donald Sutherland : Casanova enfile la soutane

Posted in Mes écrits on 04.08.15

Mais qui donc a poussé cette gueule de loup de mer en perpétuelle inquiétude à jouer à l’acteur? Si aujourd’hui, on ne peut plus se poser la question puisque Donald Sutherland nous impose «la totale», avec la sortie en salle, le 8 novembre dernier, d’«Une saison blanche et sèche» d’Euzhan Palcy, où Marlon Brando interprète un court rôle, et l’édition en cassette de «Confession criminelle» chez Antarès-Travelling (voir Coup de cœur), film primé au dernier Festival de Cognac. Il joue, dans ce dernier, un prêtre en proie aux pires affres avec une justesse confondante. Sa-chez cependant que ce personnage hors du commun n’était pas le moins du monde destiné à exhiber sa silhouette chaloupée devant les plus prestigieuses caméras. En effet, ce Canadien, né à Saint John dans le New Brunswick un 7 juillet 1935, a exercé bon nombre de petits boulots. Installé en Nouvelle-Écosse depuis l’âge de dix ans, il réussit l’invraisemblable performance d’être promu le plus jeune speaker radio du Canada. Il entame ensuite des études d’ingénieur à l’université de Toronto, qu’il laisse relativement vite choir pour interpréter quelques pièces classiques dans une troupe d’amateurs, non sans avoir été auparavant mineur quelque part en Finlande. A partir de ce moment, on perd légèrement sa trace, pour le retrouver dans sa première prestation cinématographique sous la férule du grand Robert «West Side story» Wise pour «Le château du mort vivant» en 1964. Pour peu marquante qu’elle soit, du moins dans l’esprit des cinéphiles, sa manière de se mouvoir et son accent inimitable interpellent deux cinéastes de renom. Ken Russell l’engage en 1967 pour «Un cerveau d’un milliard de dollars» et Robert Aldrich, la même année, lui offre son premier grand rôle dans «Les douze salopards», aux côtés de Lee Marvin, John Cassavetes et Charles Bronson entre autres.Donald Sutherland Cette fois, ça y est Donald Sutherland accède au vedettariat. Mais c’est en 1969 qu’il explose réellement dans «Mash», réalisé par Robert Altman, qui obtient la Palme d’or au Festival de Cannes. Bernardo Bertolucci, préparant le casting de son film-fleuve «1900» a l’idée géniale de lui proposer, sur un plateau doré, le rôle-cabot du chef des Chemises noires. Donald «the Duke» s’en donne à cœur joie dans le rajout gabinesque, radicalement sur mesure, du méchant sodomite tortueux et tourmenteur de petits garçons. Plus fumier, tu meurs, et dans d’atroces souffrances! Les méandres hasardeux qui régissent le bulbe rachidien de certains réalisateurs, qu’on peut trivialement qualifier de fêlés, les entraînent sur des sommets qui, décidément, nous surprendront toujours. Ainsi, Federico-le-Grand, autrement dit Fellini, a l’idée, pour le moins saugrenue, d’habiller Sutherland en Casanova. Et le plus malin de l’aventure, c’est que ça fonctionne! L’acteur est aussi crédible en facho salingue qu’en séducteur averti. Mais curieusement, ce film de prestige n’aura aucune conséquence notable pour la suite de sa carrière. Et c’est dans «Des gens comme les autres», réalisé en 1980 par Robert Redford, qu’il parvient au statut bien enviable de star. Mais il devra attendre cette année pour concrétiser ses ambitions. Tout le monde a encore en mémoire sa fabuleuse confrontation avec Stallone dans «Haute sécurité». Et dans bon nombre de scènes, il réussit à voler la vedette à Slyhinnself. Le prêtre torturé qu’il incarne dans «Confession criminelle» est d’une telle vérité qu’on pourrait croire sans difficulté qu’il a passé vingt ans dans les ordres. Dans «Une saison blanche et sèche», plaidoyer impitoyable contre l’apartheid, il joue le rôle d’un professeur d’histoire dans un collège-de Johannesburg, là encore confondant de réalisme. De film en film, Donald Sutherland affirme un réel tempérament d’acteur, qui allie .une parfaite maîtrise de son jeu à un plaisir évident de multiplier les défis insensés. Nul doute qu’on ne peut le comparer à personne dans sa profession, et la place particulière qu’il occupe aujourd’hui laisse bien augurer de son parcours futur. Il est décidément des acteurs à qui la maturité sied admirablement. Gageons que Donald Sutherland fait partie de ceux-là…

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