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28 nov

Proserpine, de Sweet Savage a Camille Claudel

Posted in Mes écrits on 28.11.14

Sur le marché, c’est Proserpine qui a joué d’emblée la case de l’innovation. Après avoir distribué bon nombre de cassettes érotico-pornos, cette nouvelle société a promu, comme personne, un X totalement original, «Sweet Savage». Ce western détourné en film culte est devenu, en quelques semaines, un véritable mythe. Proserpine a toujours été, dans le domaine de la vidéo, à l’avant-garde du progrès, commettant, il est vrai, certaines erreurs de «jeunesse». Cependant, n’oublions pas que ses campagnes publicitaires sur la vidéo grand public ont servi l’ensemble de la profession, qui ne s’est d’ailleurs guère privée de s’en inspirer largement. Aujourd’hui, Proserpine continue d’être un éditeur prestigieux, avec des films comme «Camille Claudel» et «La petite voleuse»: Il est rare qu’un éditeur indépendant conserve, depuis près de die ans, une telle vitalité, MI en se renouvelant sans cesse. Saluons bien bas la performance… sommes vidéoclub, vendeur de matériel et, depuis deux ans, nous nous consacrons à la mente de vidéocassettes. L’arrivée du vidéodisque risque d’insuffler une force nouvelle au système.»

Cinéma-vidéo : l’amour vache

Si certains professionnels du cinéma ont immédiatement adhéré à l’aventure de la vidéo, d’autres se déclarent rapidement comme de farouches ennemis, entretenant ainsi une sorte de tradition cinématographique. Les gens de cinéma ont, de tout temps, attribué la baisse de fréquentation à des facteurs extérieurs. Après avoir traîné la télévision dans la boue, ils ne rechignent pas, aujourd’hui, à accepter régulièrement son argent dans le cadre d’accords de coproduction. Lorsque la vidéo se développe, elle devient le nouvel accusé : c’est elle qui leur enlève des entrées. Jamais il ne sera question d’envisager que le déclin des salles peut avoir une très simple raison : le manque de bons films. Dans le même temps, ils s’appliquent à faire monter les enchères, demandant pour les droits vidéo de leurs films des prix qui font parfois frémir.cinéma Entre le cinéma et la vidéo s’installe une sorte d’amour vache. Encaissant sa monnaie, le cinéma-gigolo passe néanmoins son temps à critiquer la vidéo, et ne se prive pas, en outre, de lui flanquer quelques trempes. Mais cela, il le fait par l’intermédiaire d’un copain très costaud : le gouvernement. Auprès de Jack Lang, alors (pour la première fois) ministre de la Culture, et de Georges Fillioud, ministre de la Communication, la vidéo devient une fille de mauvaise vie qui fait bien des misères au cinéma. Elle va donc subir une série de mesures punitives. Pas question, bien entendu, d’abaisser le taux de TVA, alors de 33 1/3% comme pour les bijoux. Mais on décide, en outre, d’instituer une redevance sur les magnétoscopes, à l’instar de celle qui existe pour la télévision. Il en résulte un curieux phénomène : beaucoup d’appareils sont payés en espèces, et déclarés aux noms de… Fillioud et Lang. Mais pour ceux qui voudraient payer à crédit, il n’est plus du tout question d’acheter. En agitant le spectre de l’invasion japonaise, des mesures protectionnistes sont mises en place, avec un contingentement des magnétoscopes. Tous les appareils doivent dès lors passer par Poitiers pour y être recensés à l’importation. Enfin, pour faire bonne mesure, on institue un délai «de protection» : les films ne pourront paraître en vidéocassettes qu’un an après leur sortie dans les salles. Une commission spéciale du CNC raccourcira éventuellement ce délai en fonction du succès obtenu par le film au cinéma. Cette réglementation, toujours en vigueur, prévoit en somme qu’un film boudé par le public peut très vite sortir en cassette, tandis qu’un gros succès, qui a fait l’essentiel de ses entrées en quelques mois, doit attendre un an. Les effets de ces mesures ne vont pas tarder à se faire sentir. «La loi Lang, dit Sergio Gobbi, a cassé une dynamique.» Déjà l’un des pionniers vacille. «En 1983, dit Yves Rousset-Rouard, les décisions politiques ou fiscales ont porté un coup terrible à l’expansion du marché et freiné la progression des éditeurs français par rapport à leurs concurrents étrangers. Les vidéoclubs ont acheté de moins en moins de cassettes. Un grand nombre d’entre eux a Connu des problèmes financiers qui se sont répercutés sur les éditeurs. C’est à cette époque que j’ai cédé la société RCV aux Éditions Mondiales, décidant de me recentrer sur mon activité principale : la production. J’ai produit, cette année-là, «Le père Noël est une ordures» avec le Splendid, qui a obtenu le succès que l’on connaît.» René Chateau, lui, est toujours présent dans la vidéo. On retiendra de cette époque qu’il a été le plus opiniâtre à mener le combat contre le délai «de protection». Producteur de l’énorme succès de Jean-Paul Belmondo, «Le marginal», il décide en effet de sortir le film en vidéo avant qu’une année se soit écoulée. Il ira jusque devant la Cour européenne pour faire valoir son droit de maîtriser comme il l’entend son propre produit.

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08 nov

Les enthousiastes de la première heure

Posted in Mes écrits on 08.11.14

Yves Rousset-RouardParmi eux, certains sont des adversaires déclarés de la vidéo, tandis que d’autres éprouvent pour cette innovation un attrait immédiat. Yves Rousset-Rouard fait partie de ceux-là. Producteur à succès, avec, entre autres, «Emmanuelle» ou «Les bronzés», il lance, dès 1979, Régie Cassette Vidéo, très vite connue sous les simples initiales RCV. «Je considérais, dit-il, la vidéo comme un marché complémentaire pour les catalogues de films existants, et comme une source de financement potentiel pour les créations à venir.» Distribuant notamment beaucoup de films français, puis les répertoires de la 20th Century Fox et de MGM, RCV réalise en 1982 un chiffre d’affaires de 210 millions de francs. René Chateau, lui, intervient à la fois dans la production et la distribution cinématographiques. Il est coproducteur des films de Jean-Paul Belmondo, alors au sommet de sa gloire. Et il a eu un coup de génie en distribuant les films de Bruce Lee, qui ont renouvelé le genre karaté-kung-fu avec le succès que l’on sait. Lorsqu’il se lance dans la vidéo, sa démarche a pour origine, déjà, une opposition avec les autorités. «La Commission de censure, explique-t-il, avait interdit «Massacre à la tronçonneuse», que je distribuais au cinéma. Pour rentrer dans mes frais, j’ai créé Hollywood Boulevard Distribution avec Michel Fabre, et j’ai sorti le film directement en vidéo.» C’était en 1979, dès les premiers frémissements du marché. «Nous n’avions, poursuit-il, en tout et pour tout, que deux titres en vidéo, «Massacre à la tronçonneuse» et «James Dean story». Nous faisions tout, et Michel livrait lui-même avec sa Jaguar !» Un peu plus tard, René Chateau Vidéo, dont la commercialisation est toujours assurée par Hollywood Boulevard, allait rapidement devenir l’une des principales composantes du marché. De tous les hommes de cinéma qui s’intéressent à la vidéo, Sergio Gobbi est sans doute le plus complet. Metteur en scène, producteur, il avait vendu les droits vidéo de ses propres films à Victor Bialek. «Je suis donc parti pour l’Italie, raconte-t-il, et à mon retour en France, j’ai commencé mon catalogue avec une cinquantaine de films. Ce qui m’intéressait, c’était de donner une seconde chance à des films qui n’avaient pas eu au cinéma le succès escompté, mais aussi de faire découvrir les grands classiques à la nouvelle génération.» Puis, partant d’un concept qui correspond à celui des grandes sociétés de cinéma, il cherche à avoir ses «salles», autrement dit une chaîne de vidéoclubs franchisés. Ce qui lui vaut parfois certaines surprises_ «Un jour, je suis abordé par un couple qui désire ouvrir un vidéoclub. La dame me montre la photo de leur magasin : c’était une boucherie !» Super Productions Vidéo crée une moquette frappée à son logo pour décorer ses bureaux et ses magasins, puis décide de décliner cette image avec des blousons, des chaises, des parapluies, des mallettes, des agendas, et même un parfum. C’est peut-être sous cette avalanche de logos que la société a fini par s’écrouler… Parmi les autres sociétés intervenues rapidement sur ce marché naissant, l’une choisit une démarche originale qui va faire école : se limiter à l’édition, en confiant la distribution à une structure extérieure. Au sein de Ciné-thèque, Marx Zerbib a constitué un imposant catalogue de grands classiques. Peu enclin à créer une équipe commerciale, il va trouver un distributeur en la personne de François Dada, alors président des disques RCA. Esprit vif, Dada comprend qu’il peut augmenter son chiffre d’affaires avec des méthodes qu’il maîtrise déjà parfaitement dans la distribution du disque. Pour distribuer Cinéthèque, il crée RCA VU déo. Plus tard, RCA Vidéo s’alliera, dans un groupement d’intérêt économique, avec Gaumont et Columbia, sous le sigle GCR. Aujourd’hui, GCR est l’une des plus importantes sociétés du marché de la vidéo, mais François Dada constate, en tirant sur sa pipe d’un air désabusé, que «depuis quatre ans, % des vidéoclubs ont fermé leurs portes», et que si les débuts de la vidéo ont été marqués par «une fête permanente», les temps ont changé car «c’est aujourd’hui chacun pour soi»… Il est retourné à ses premières amours en créant une société de production de disques. Au fil des mois, de nouvelles sociétés apparaissent. Le marché se développe. L’âge d’or s’installe. Les vidéoclubs ouvrent en série. Et parfois même en chaîne. Dans son magasin Télé France de la rue Montmartre, créé en 1955, Alain Gayout avait commencé par vendre des films en super 8, développant ensuite une activité vidéo. Puis il établit un système de franchises qui ne durera qu’un temps : «J’ai été franchiseur de vidéoclubs pendant trois-quatre ans, mais les franchisés n’ont pas toujours joué le jeu.

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